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  • Maurice Coton

Délit de vagabondage

Face à la gare de l'Est, sur un terre-plein en bitume bordé de maigres pelouses, a été créé un lieu insolite peuplé de tentures et d'objets hétéroclites, de pots de plantes aussi, presque en cercle autour de troncs d'arbres décorés, tel un jardin secret dédié à la paix et l'hospitalité. Les mots "Zen" et "Madness", plusieurs fois écrits à même le sol et ailleurs, en grands caractères, attirent le regard. L'endroit semble habité par son créateur, un être silencieux, qui joint les mains et incline la tête quand il reçoit les éloges de son œuvre. Qui est-il ? Un sage parmi les sages qui a trouvé ici son havre de quiétude et plénitude ? Il n'est sans doute pas le maître décrit comme "un drôle de zèbre" dans le poème Délit de vagabondage, composé en 1999. Et pourtant les deux personnages partagent des ressemblances, à commencer par leurs "principes aux rayures blanches et noires" et leur caractère pouvant être "absurde pour être sérieux et chevaleresque". En invitant, devant un tel enchantement, les passants à vivre un instant exceptionnel, j'aime à penser que cet espace rempli de bancs reconstruit l'image de "l'école de la dernière chance" que le poème entrevoit.


DÉLIT DE VAGABONDAGE

De tous les maîtres que j’ai eus

Et je ne sais plus combien j’en ai déçus

Il me revient souvent en mémoire un drôle de zèbre

Avec des principes aux rayures blanches et noires

Qui se contredisait à longueur de journée

Et auquel j’essayais de prouver malgré tout

Que l’on peut être absurde pour être sérieux

Et chevaleresque non pas dans le refus

Mais dans l’incompréhension d’un ordre

En se faisant arrêter par une patrouille

Articulée depuis un cerveau immatériel

Gentiment endormi sur la banquette arrière

Un robot entre les genoux

Sans avoir pris de décision inutile

Ni rejoint le cortège des zouaves

Qui s’en vantent rarement

Retrouvés à leur tour recalés

Sur les bancs de ce qu’on appelle

L’école de la dernière chance




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© 2018  Sandre Wambeke