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  • Maurice Coton

Des barbares au champion né

Ce n'est pas du travail scolaire, pas de la politique, pas du journalisme, pas de la propagande, pas de la chanson engagée. Est-ce pour autant de la poésie parce que ce sont des vers ? Comment qualifier les deux "poèmes" suivants écrits à des époques différentes, mais qui semblent traiter le même sujet ? Ce thème universel, quand l'enfant prend son envol, c'est l'apprentissage de la liberté. C'est sans doute la plus difficile des matières, et la plus belle. Aussi ne figure-t-elle dans aucun manuel de classe. Chers élèves, il vous reste encore une semaine de cours avant les grandes vacances d'été. Profitez-en pour montrer à vos enseignants, pendant qu'ils ont déjà la tête ailleurs, comment vos cœurs de poètes battent la juste mesure de votre propre monde, un peu à la manière de Samba qui jongle avec son ballon rue Championnet avant de partir en Normandie vivre son rêve.


LES BARBARES


Dans une cité près de Bobigny

Que certains comparent à Babel Oued

Avec de la bave sur les babines

Et des propos racistes pas bien beaux


Des familles d’origine berbère

Distribuent à leurs petits des bonbons

Si collants que les mères débarbouillent

Au gant leurs mains qui jouent à la baballe


Sur les écrans nettoyés à la bombe

Des télés couvertes de bibelots

Et placées dans des meubles en bambou

Passent des films imités de Bambi


Les enfants grandissent avec Babar

Dont les aventures bientôt les barbent

Comme au sol le grincement des babouches

Les pousse en silence à dire bye-bye



RUE CHAMPIONNET

à tous les champions nés

Pour un club normand

Qui l’a espionné

Le jeune Samba

Jongle avec ses pieds


Le crâne rasé

Les tennis usés

Tout au plus douze ans

Son froc va tomber


Cet enfant tout noir

Joue au ballon rond

Au bout du trottoir

Son seul horizon


Venu de Dakar

C’est son dernier jour

Demain en drakkar

Sans but de retour

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© 2018  Sandre Wambeke