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  • Maurice Coton

Grande écoute

Faisons un pas de côté vers le théâtre, dont la saynète intitulée Grande écoute pourrait se rapprocher. A dire vrai, je ne me suis jamais risqué à composer la moindre pièce digne de ce nom. Est-ce une question de famille ? Dans la mienne, je ne connais guère que mon frère Vincent qui soit monté sur les planches, dans une troupe de théâtre amateur, en tant qu'acteur dont j'ai aimé apprécier le talent lors de chacune de ses représentations. Comment expliquer cette distance avec le théâtre autrement qu'en prétextant que la vie ordinaire m'aide à confondre la réalité et la fiction ? La plupart du temps, cela me détourne de l'une et de l'autre, comme ici avec le recours à l'humour face aux détenteurs de la grande écoute.


GRANDE ECOUTE


Saynète. Grande Écoute, titre d’une émission à trois personnages, un journaliste, un citoyen et un candidat. Décor : celui d’un studio de radio périphérique.


Le journaliste (le verbe démocratique)

Cher citoyen, vous connaissez la règle de notre émission. Vous avez été choisi par tirage au sort pour poser une question et une seule au candidat ici présent. Vous avez une liberté de parole entière. Profitez-en !


Le citoyen (poli et posé)

Je vous en remercie. Avant d’interroger le candidat, je tiens à saluer ma famille et mes amis. La plupart d’entre eux sont électeurs et je suis sûr qu’ils seront attentifs à la réponse de notre candidat.


Le journaliste (approbatif)

Voilà qui est bien parlé. Quelle est votre question ?


Le citoyen (hésitant)

Auparavant, permettriez-vous que je fasse une petite digression ?


Le journaliste (agacé)

Non, le temps presse. Nous devons respecter l’horaire.


Le citoyen (devenu maître du jeu)

Il n’y a pas de raison que nous en débordions, mais cela tombe bien parce que je n’aurais pas su quoi dire. Est-ce que je peux poser une question brève au candidat ?


Le candidat et le journaliste (de concert)

Oui


Le citoyen (se préparant à partir)

A question brève, réponse brève. C’est l’égalité ou plutôt la nullité parfaite. Vous avez répondu très spontanément et correctement à ma question, et je vous en félicite.


Le journaliste (tourné vers le candidat et lui cachant mal sa déception)

Et maintenant Grande Écoute, votre émission en direct, souhaite bonne chance à notre candidat du jour.


A Soissons, le 14 novembre 1989. Extrait du Journal du double ami.

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