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  • Maurice Coton

L'énigme

Un poème est une énigme. Celui qui suit a cru échapper à la règle, ou à mon attention, et si je ne lui avais apporté quelques retouches spontanées, il ne serait pas apparu à cette place. Il met en scène la disparition la plus élémentaire, depuis le nuage dans le ciel jusqu'à l'oubli dans l'esprit. Mais comme je n'ai pas tout saisi de cette énigme de l'absence, de l'abandon et de la fin, qui s'invite souvent dans mes idées les plus simples, j'ai arrangé l'affaire en supposant qu'une énigme ne cesse d'être une énigme que pour laisser place à une nouvelle énigme. D'où la pirouette, digne d'un camelot, qui remplit les blancs des pages libres comme les bancs libres des paysages, en laissant espérer que l'amour résout toutes les énigmes. Au bout du compte, le poème ne connaît pas d'autre chemin insoluble.



L’ÉNIGME


Ces choses qui disparaissent

Te font trembler de peur

Et tant va la vie

Que tu ne retiens qu’elles


C’est aussi chaque jour

Une coupure de courant

Une séparation de plus


Ce nuage dans le ciel

Donne la nouvelle voie

Qui te faisait découvrir

Mais cette force s’éloigne


Pourtant tu ignores les autres

Te retrouvant maintenant

Dans ton intimité


T’es-tu apprivoisé

D’y répondre réveillerait

La litanie de la mémoire

L’abandon de l’abandon


Plutôt d’y souscrire

De te tourner vers l’avenir

Partout tu vois une fin


Une philosophie de l’instant

Cette peur du gendarme

Sur ton chemin te tiraille

Comme l’étal d’un camelot


A son tour l’amour

Résout toute l’énigme

Et relève le gant


Libre créature

Figure de proue

De jour en jour providentielle

Nulle emprise ne lui résiste


Elle prend la vie de profil

Afin que s’y enchaînent

Les ombres entre elles


Les ombres forment un point

Puis une ligne

Elles donnent un sens

A l’existence


Et au-delà à la tienne

Tout ici doit disparaître

Proclame le camelot




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