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  • Maurice Coton

Ma Bretagne au cœur

Alors que je pars demain pour quelques jours plein est, à Budapest précisément, je vous donne à lire le poème Ma Bretagne au cœur, comme animé par un irrépressible esprit de contradiction qui me place toujours dans le questionnement du langage. Me laisserez-vous alors dire que la Bretagne est la région préférée de mon cœur ? Si le monde était un corps, elle en serait pour moi le cœur. Chacun se choisit sans doute une terre d'asile, comme un héritage de la providence, dans les vacances de la raison. Dans ce poème écrit il y a une quinzaine d'années, je définis la Bretagne "comme au cou une contradiction / passagère impatiente du désir". Nul doute que j'aurais pu ainsi qualifier tous mes colliers de poésie.


MA BRETAGNE AU CŒUR


Comme un lit défait amoureusement

Sur le continent qui s’enfuit derrière

La coiffe rebelle au front supposé

Comme un croissant trempé dans des rêves

Jusqu’au nombril en escargot

Comme des rats devenus héros

Rescapés de la mort souveraine

A la barre du vaisseau prophétique

Comme une peau de chagrin consolé

Consommée en sauce qu’on dessale

Comme une corne de brume pour la forme

La tête prélevée dans la pierre

Comme une coupe aux lèvres du temps

Humecté de sa propre délivrance

Comme un pied dans le plat en cuivre

Qui rassemble deux par deux d’abord

Les maîtres égarés engourdis

A la lumière de leurs œuvres enivrées

Comme une langue disparue

Repêchée au hasard à la perche

Dans l’improbabilité poussive des franges

Comme une goutte de trop au tympan

Où apparaissent des fissures bleuies

D’une fissure millénaire

Sous le signe du vacillement

Comme au cou une contradiction

Passagère impatiente du désir

Comme une décompression dans l’atmosphère

A la tombée du jour retenue

Pour une question de partage

Comme une droite alignée sur une chair

Dans le penchant pour les excès

Et l’attrait des amours aveugles

Comme une fenêtre ajoutée au décor

Comme un château brillant de l’intérieur

Mélange des couleurs du dernier cri

Au terme des dures ressemblances

Conviées aux noces de l’arc-en-ciel

Comme un bloc de granit suspendu à un fil

Tissant sa toile sur des points de repère

Comme une grève entre deux eaux

Qui essuie un grain de folie

Trempé par l’attente de la vie

Comme par le passage des oiseaux en mer

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