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  • Maurice Coton

N'est poète que celui qui le désire

Mis à jour : 25 oct 2019

Depuis bien longtemps oubliés dans une chemise cartonnée vert foncé bien remplie, avec en grosses lettres noires sur la couverture "Romain Coucet / Poèmes ? / (1970 - 1974)", sommeillent des textes tapuscrits. Avec émotion, j'ai ouvert la chemise et lu plusieurs poèmes qui m'étaient devenus étrangers. Les deux que j'ai choisis ici se trouvaient plutôt parmi les premières pages. Ils marquent mes premiers pas dans la poésie, quand je savais innocemment déjà où aller. L'empreinte surréaliste illuminait mon chemin. Les connaisseurs n'auront pas du mal à reconnaître des influences chez Benjamin Péret ou Jacques Prévert, si libres et vivants dans leurs langages spontanés. Un jour viendra où j'inviterai tous ces poèmes de la chemise verte dans le site internet, mais l'aperçu que voici en indique déjà la tonalité printanière, comme un clin d’œil à la pendule du temps passé.


N'EST POÈTE QUE CELUI QUI LE DÉSIRE


Je ne crois pas à l'existence d'une banlieue brûlée

Je suppose assurément un village sans clocher et une barque sans pêcheur

Le monde transforme ses épaules et pourtant quel est ce nouvel accoutrement

J'ai croisé ce matin le paysan de Paris

Quel est donc ce nouvel accoutrement

Quelle rosée n'a pas les mêmes prétentions que la joyeuse trompette

C'est par ici la fête foraine avec son grand bonnet bleu bleu bleu ou blanc blanc blanc et rouge

Ici quand pourrissent les citrouilles il y a toujours un simplet pour redresser ses oreilles

Ici quand nous nous absentons il y a toujours ce grain de sable pour rétablir le désordre

Ici quand les adultes sont poètes et les poètes adultes il y a toujours une sorte de Missouri pour grignoter le tout dernier quignon de pain humide et je vois que la vengeance se mangera chaudement

Un blanc d’œuf traduisait quelque dialecte hébraïque

Un jaune d’œuf longeait les murs décollés en mastiquant une sciure compacte et découragée

Contre un œil sous la chaussure je vendrai tout ce qui me revient

Les cloches du midi épellent les treize à la douzaine syllabes d'une confusion mystique

De mon vivant je ferai tout ce que je n'ai jamais fait jusqu'à présent

De mon vivant on ne dira pas que j'ai trahi les causes de notre poésie

De mon vivant jusqu'à ma vie je ne cesserai pas de planter les diadèmes des mots

De mon vivant les jours dessineront les taches inoccupées

En effet les avions imprègnent de sang les chairs des robots amphibies

Une voix m'a finalement transmis la démarche des essuie-glaces.


Romain Coucet



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