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  • Maurice Coton

Parenthèses

Ce nouveau poème en prose marque une pause dans les louanges de la poésie. Il introduit une fiction, comme on en rencontre tous les jours, selon laquelle l'accumulation de parenthèses rendrait l'écriture plus facile et vertueuse, sinon même honnête. C'est un prétexte, pour mieux inciter les enfants (de tous les âges) à prendre la plume (sans crainte de rien du tout). Car en définitive, que l'on débute ou maîtrise l'exercice, il faut bien accepter qu'à jamais on apprend (toujours) à écrire. Est-ce un hasard si c'est ici un poème qui le rapporte ?


PARENTHÈSES


Trop de jeunes gens éprouvent des difficultés à lire pour qu’écrire leur devienne une pratique aussi courante que boire et manger.

De ce constat de faillite, Jeffrey « 673 », le professeur tordu qui proposa l’immatriculation des humains selon le code civil, conçut un système d’écriture qui rétablissait les parenthèses. Il fallait même en introduire le plus grand nombre possible dans les textes nouveaux et anciens.

Car Jeffrey « 673 » disait que les parenthèses étaient à l’écrit ce que les répétitions étaient à l’oral et, par conséquent, qu’elles servaient comme doubles des clés aux doubles des mots. En somme, elles arbitraient toute forme de communication entre les individus en rendant, coup pour coup, les erreurs et les incompréhensions.

Mais Jeffrey « 673 » échoua totalement, peut-être bien parce que son projet lui avait fait atteindre le stade suprême de l’honnêteté. De plus, il n’arrivait pas à disparaître de la scène. Des parenthèses qu’il n’avait jamais vues l’interpellaient comme un voleur. On n’écrit pas, lui reprochaient-elles, on apprend à écrire.

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© 2018  Sandre Wambeke