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  • Maurice Coton

Une promenade à Vauchassis

"Un enfant pleure. Les yeux de l’enfant sont rougis par les larmes. Il ne pleure plus quand il est devenu un homme dont les souvenirs remplacent et essuient les vieilles larmes." Cet extrait du journal que je tenais entre 1989 et 1991 m'incite à reproduire ici le récit d'une promenade. Nous sommes le 8 mai 1990. J'ai rendu visite à ma mère qui vit à Troyes dans la maison de sa tante disparue. Ensemble nous partons à Vauchassis, petit "village culte" dans la mémoire familiale, distant d'une vingtaine de kilomètres, que je n'ai jamais vu. Trente ans plus tard, ce récit fait réapparaître trois personnages et deux chiens, comme soudain délivrés du souvenir et des larmes que cette quête improvisée avait suscités. Est-ce la peine d'ajouter que j'en suis le seul témoin encore en vie ?


UNE PROMENADE À VAUCHASSIS


Aujourd’hui avec ma mère et ma grand-mère qui, à quatre-vingt-huit ans, n’a plus sa tête, nous sommes allés déjeuner à Vauchassis. Parce que ma mère y avait séjourné quelques mois au commencement de la dernière guerre dans la maison de sa grand-mère et qu’à ce souvenir s’en greffaient autant d’autres invariablement heureux, je m’étais imaginé le village d’une grandeur aussi informe qu’était ancienne son évocation dans ma mémoire. J’avais donc fini par ne plus penser à l’existence possible de ce lieu sur terre ailleurs que dans ma mémoire. Pour un enfant, les endroits dont leur parlent les adultes avec nostalgie prennent une dimension mythologique. Alors, ma mère m’a conduit en pèlerinage avec elle sur les lieux de son ancienne école devenue salle des fêtes et de la maison du grand-père aujourd’hui restaurée, de laquelle les nouveaux propriétaires avaient fait apparaître les poutres jadis cachées derrière un vieux crépi. Ma grand-mère répétait que le vieux cerisier sur lequel s’était un jour perché son chat avait disparu ainsi que les troènes. La grange était maintenant réaménagée en pièce d’habitation, chose qui rendait ma mère fort admirative. Dans ce moment de plénitude, rien de ce qui avait changé n’était en opposition avec les souvenirs que la mémoire réempruntait comme sur un chemin oublié, tandis que nos chiens Choucas et Truffo suivaient nos pas à distance, dans l’herbe verte d’un midi de campagne.




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© 2018  Sandre Wambeke