© 2018  Sandre Wambeke

Briographie (suite)

Puis à Bagneux cité dortoir

D’or touareg l’air italien

Ou berbère à tisser des liens

Entre Bretons et Limousins

Tout métisser pour tout construire

En tapant dans un ballon rond

 

Qui roulait au verger sauvage

Occupé par un brocanteur

Où avec mes économies

Pour trois fois rien j’avais acquis

Un vase Henriot de Quimper

Que j’avais offert instamment

Le jour de la fête des Mères

J’étais comme un enfant terrible

Plus taquin que les vieux tacots

Hagards devant le cinéma

Capots ouverts sur l’écran blanc

Dont les moteurs hallucinés

Battaient au rythme de mon cœur

 

Dans ce temps magique en partage

Ce souvenir sort de ma manche

Nous allions sur l’Etna en pente

Accompagner dans les étages

Papa vendre l’Huma dimanche

Au monde entier comme on l’arpente

 

Le turbulent petit Momot

Pousse son chemin de poète

Sans rien comprendre comme il faut

Pour fuir aussi tout à l’envers

Sûr de lui mais doutant de tout

Défriche et franchit la rigole

Du plus jeune au plus âgé

Maman nous a dévisagés

Et dans des termes imagés

Elle nous a encouragés

Enfants vous êtes encagés

Nous allons déménager

 

Lucile Aline Irène Georges

Vincent Maurice et Jean-Denis

Bientôt vous serez huit enfants

Au grand huit géant qui oscille

Vers l’avenir évanescent

Merveilleusement indocile

 

De Bagneux au bois de Boulogne

Partant au bagne à moitié borgnes

Débarquent les sept garnements

De mon histoire rien ne ment

Toujours ailleurs jamais hier

Cueille le jour à la cuiller

 

Mon goût des proverbes devises

Ne m’aura jamais plus quitté

Comme un refuge dans les mots

Les comptines que j’improvise

Tout chasseur doit savoir nicher

Sans son chat sa sœur ni son chien

 

Au début de l’été suivant

Avec un tournesol au front

Aussi rond que France son nom

Ma quatrième sœur rayonne

Martingale de l’octogone

Plus rien ne sera comme avant

L’île de Pâques qui béquille

Par ses mystères maquillée 

M’aurait je crois moins ébahi

Je découvrais un nouveau monde

Peuplé de spectres invisibles

De chair et d’os de pacotille

Des bourgeois de bouche à oreille

De l’avenue Victor Hugo

Jusqu’à la rue des Belles-Feuilles

Et via le square Lamartine

L’attirail complet du poète

Pour ma dernière année d’école

La sonnerie de la récré

Mettra fin comme par décret

A mon enfance et par là même

Donnera naissance au je t’aime

Qui m’a porté toute ma vie

En poésie jusqu’aujourd’hui