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  • Maurice Coton

La souffrance

Dernière mise à jour : avr. 7

Dans quel refuge la poésie s'abrite-t-elle pour traiter de la souffrance ? Y a-t-il même un art de la souffrance ? Les images choisies pour illustrer le poème La souffrance ont été photographiées à la vitrine du marchand parisien de gravures et de livres anciens Martinez, dans cette rue Saint-Sulpice que la fourche du langage m'attrape toujours à son passage pour que je la prononce rue "Saint-Supplice". Ce sont deux vues d'une grande estampe réalisée par Peter de Jode, d'après le tableau Le jugement dernier de Jean Cousin le Jeune. "Une curiosité" a simplement écrit, pour seul commentaire, le libraire sur une étiquette blanche. A l'évidence, le poème ne recourt pas aux mêmes effets picturaux en abordant la souffrance. La poésie accorde une chance à tout sujet, quel qu'il soit. Elle est même reconnaissable par cette singularité, jamais identique, où prévaut l'angle de l'inattendu et de l'insaisissable. La médecine, l'histoire, la politique, par exemple, en parlent tout autrement, suivant d'obligatoires conventions. Ici la souffrance boit un café en me tenant sa porte entrouverte. La suite montre que cet accueil insolite me donne le temps, ô combien, d'appréhender la souffrance sous une attention moins bienveillante. Serait-ce pour repousser loin encore le jour du Jugement dernier, qui verra tomber les idoles et enchaîner les hordes ensorcelées, comme celles surprises derrière la vitrine de M. Martinez ?


LA SOUFFRANCE


La souffrance mon amour boit son café noir

Elle me tient la porte entrebâillée

En penchant la tête comme une petite cuiller

Ou plutôt comme une petite écuyère

Qui a perdu sa monture et ramasse des marrons

Pour ne pas voir ricaner sa montre tout le temps

Qu'elle ne quitterait pour rien au monde

Rien pas même pour renverser les idoles

Imprimés sur l'enveloppe du grand opus

En lettres crépusculaires et chancelantes

Jusqu'aux origines du bar de Petit Louis







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