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  • Maurice Coton

Les baisers

Voici un poème en prose qui ne me semble pas vouloir comporter de commentaire particulier. Comme il est écrit comme un récit à la frontière du rêve et de l'imaginaire, j'en dégagerai seulement les deux paradoxes suivants. Le premier concerne le mot baiser, dont les définitions sont si nombreuses que le poème donne l'air d'en inventer une nouvelle. Le second, j'ose à peine le prononcer tellement il risque de se retourner contre moi. Aussi vais-je l'énoncer sous une forme interrogative. Mais qui est l'auteur de ce poème que j'aurais aimé écrire ?

LES BAISERS


Tant qu’il y aura des pommes dans les vergers d’Amédée, les lèvres rouges de Moune se régaleront, marraines aux arômes suaves.

Elles insinueront leurs corolles entre les branchages, privant les libellules du vol vertical qui les alléchait.

Moune parlera toute seule, mais elle gardera les meilleurs fruits pour la fin, de peur encore d’être entendue et rappelée à l’ordre.

Comme à la saison précédente, Amédée laissera Moune jusqu’à la tombée du jour. C’est tout juste s’il lèvera les yeux de son labeur, par-dessus les fagots.

Moune rangera ses paniers, déçue de n’avoir pas su arrêter le temps. Elle en oubliera les morsures de ses lèvres, dont le suc rivalisait de saveur avec sa cueillette.

Elle enjambera à la dérobée les hautes herbes. Toute penaude, elle croira avoir passé l’âge enfin de jouer au chat et à la souris.

Dans le même moment, Amédée se lancera à la poursuite de Moune. Plusieurs fois, avant de perdre sa trace, il la verra embrasser ses arbres et remette son butin à la nuit.

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