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  • Photo du rédacteurMaurice Coton

Non mon enfant

Ce lundi matin, rue du Faubourg Saint-Martin, dans la file d'attente au laboratoire pour une prise de sang, je m'aperçois que je suis entouré de femmes seulement. Toutes silencieuses, la plupart assises, elles plongent leurs yeux sur les écrans de leurs téléphones. Cette question me traverse l'esprit : peut-être que les plus jeunes viennent faire un test de grossesse ? Je me rappelle soudain que mon fils Nicolas a remarqué hier que je n'ai pas posté de message sur les réseaux depuis près d'un mois. Voici le moment, me dis-je, de choisir un poème. Sur mon clavier de poche, je tape les cinq chiffres de mon code, puis après une brève navigation sur le blog de mon site internet, je mets le cap sur "Les Colliers de Marmot". Le poème "Non mon enfant" m'arrête. Une double lecture me fait sourire. Elle réveille ma quête du merveilleux, et tous les bouquets de non, non, non et non, prononcés pendant mon enfance étincellent. D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup changé là-dessus, d'autant que mon enfance ne se tarit pas dans mes veines. Elle s'abreuve comme ici, à côté d'enfants admiratifs, à la pêche miraculeuse du tableau en coquillages "Mon Univers" de Youen Durand. Aussi me garderai-je bien de me prétendre être le père ou l'enfant du poème. Combien de fois révèlerai-je que la poésie s'envole de mon laboratoire ? Sans me laisser le temps d'y songer, l'hôtesse d'accueil saisit ma carte Vitale. Monsieur, êtes-vous à jeun ? Non, oh pardon Madame ! Puisque c'est ainsi je reviendrai mardi.


NON MON ENFANT


Papa la vie est-elle comme dans les livres ?

Non mon enfant, mais elle rend encore plus ivre.

Papa dis-moi vite tout ce qui t’exaspère ?

Non mon enfant, car tu sais bien qu’en tout j’espère.


Papa le neuf pourra-t-il remplir notre bourse ?

Non mon enfant, mais fera dépenser aux courses.

Papa est-il limite à ne pas dépasser ?

Non mon enfant, ou sinon celle du passé.


Papa est-il bien vrai que le roi c’est l’amour ?

Non mon enfant, c'est un phénomène de cour.

Papa connaît-on des gens plus libres que nous ?

Non mon enfant, ne te mets jamais à genoux.


Papa notre cerveau devient-il un pois chiche ?

Non mon enfant, si à chaque poids tu fais chiche.

Papa peut-on vivre heureux longtemps sur la terre ?

Non mon enfant, à moins d’y être réfractaire.

Papa existe-t-il un dieu haut dans le ciel ?

Non mon enfant, mais le vol d’une abeille à miel.

Papa est-ce que l’on sait vraiment quand on ment ?

Non mon enfant, jamais un jour exactement.


Papa faudra-t-il donc qu’un jour je quitte tout ?

Non mon enfant, on n’arrive jamais au bout.

Papa observes-tu l’oiseau qui nidifie ?

Non mon enfant, pas quand ma plume pontifie.






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