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  • Maurice Coton

Notre Carmen


Du Moyen Âge où c'était la règle, comme le célèbre "Roman de Renart", et jusqu'au XIXe siècle, où l'on retient "La Légende des Siècles" de Victor Hugo, beaucoup de récits ont été écrits en vers. Au XXe siècle et après, cette manière a pratiquement disparu, même si l'on trouvera toujours quelques exceptions.

Le poème "Notre Carmen", écrit en octobre 2004, prolonge ce genre de l'histoire racontée. Je l'ai redécouvert hier, avec d'autant plus d'étonnement qu'il est venu s'inscrire dans une troublante coïncidence. En effet, ma compagne Florence et moi avons été les spectateurs récents de deux histoires de sœurs jumelles, comme d'ailleurs dans le poème "Notre Carmen". Samedi 9 février au matin, nous apprenons que la veille deux sœurs jumelles, roumaines comme Carmen, ont été retrouvées enlacées l'une à l'autre dans le lac du parc Montsouris, après leur suicide. L'après-midi du même jour, l'artiste Jean-Claude Silbermann nous présente son film et commente son étonnant tableau "Les demoiselles" qu'il a créé en 2005, où chacun découvrira ci-après ses sœurs jumelles pareillement enlacées. N'allons pas plus loin. Une étude plus approfondie permettrait peut-être de démêler et réunir les mystères de ces sœurs jumelles. En tout cas, c'est le rôle de la poésie de saisir ces soudains éclairs de hasards.

NOTRE CARMEN


Comme dans beaucoup d’histoires

La seule vérité que je relate ici

C’est qu’elle s’appelait Carmen

Celle qui était venue vers nous

Et qui nous quitterait bientôt

Dernière arrivée première partie


Mais avant elle avait lié connaissance

Avec je crois chacun d’entre nous

A qui elle racontait toute sa vie

Ses années d’enfance en Roumanie

Le mariage de sa sœur jumelle

Avec un chirurgien de Colmar


La santé de sa sœur s’était dégradée

Carmen avait favorisé son retour à Paris

De la même façon qu’à chacun séparément

Elle se confiait dans le mystère des mots

Où plus on en donne plus on en trouve

Et plus aussi on en cherche le sens


Pensait-elle qu’elle n’était déjà plus là

En faisant passer le temps plus vite

Que ce qui arrive quand on regarde derrière

Et qu’on revoit quelqu’un devenir une image

Un phare qui n’a jamais cessé de s’éloigner

Au lieu de s’approcher comme elle en donnait l’air


Le jour où Carmen nous a dit adieu

J’ai eu le sentiment que je ne la reverrais plus

Sinon son ombre à la terrasse du Quartier Latin

En pantalon rose et les yeux inondés de chagrin

Dans les teintes irisées du lit de la Seine

Et de sa sœur bordée par le soleil couchant




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