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  • Maurice Coton

Toujours second

D'où vient cette manie de parler de soi à la deuxième personne ? Peut-être pour mieux approcher l'étranger que nous sommes tous à nous-mêmes. Ou encore pour nous confondre avec notre semblable. Loin de moi le sentiment qu'il s'agit là d'un procédé ou d'une figure de style. Les deux réponses conviennent. Apollinaire a beaucoup œuvré dans ce sens, souvenez-vous de ce premier vers d'Alcools : "A la fin tu es las de ce monde ancien", qui n'a jamais cessé d'ouvrir la porte à l'imagination. Qui dira la part de l'imagination dans la mémoire vivante ? Le poème Toujours second explore ce territoire où la matière de la réalité se dilue respectueusement dans celle de souvenirs improvisés plus vrais que nature.


TOUJOURS SECOND


Peut-être parce que tu étais le second de la famille

Peut-être aussi parce que tu prenais tout de la main gauche

Et faisais déjà le contraire des autres

Tu avais pris l’habitude de confondre certaines lettres

De changer les V contre les F

De prendre les C pour des G

Cela te causait beaucoup de torts


Mais parfois donnait des surprises

Ainsi un jour quand tu avais écrit

Fêtement au lieu de vêtement

Ou que tu avais mis ta maîtresse dans l’embarras

Dans les phrases La vie gomme la mort

Et il y a beaucoup de monde dans les filles

Tu y penses aujourd’hui avec nostalgie et regret


Et compares ces confusions à la fin de l’enfance

Quand à l’approche de la puberté

Poussent de vagues seins sur la poitrine des garçons

Que l’on prie de ne surtout pas s’inquiéter

De respecter d’abord la déesse Orthographe

Et de ne pas prendre comme tu le fais encore

Les lettres de l’alphabet pour une piqûre de BCG

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© 2018  Sandre Wambeke