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  • Maurice Coton

Un destin d'exception

Mis à jour : janv. 13

Caravane, le tableau de Lauretta Barcaroli qui occupe un pan de mur de la grande pièce de la "Maison petite" du Guilvinec, rue Jean Jaurès, pourrait sans doute accompagner un bon nombre de mes poèmes. Il en réunit trois dans cette publication. La caravane de ces poèmes commence par Un destin d'exception, le sort dévolu à chacun selon l'idée et l'image de soi-même captées à un instant précis. Voici une vérité que j'ai gardée jusque-là. La poésie dit : "maintenant j'arrête tout". Tout s'arrête d'ailleurs aussitôt. Alors je ne décide plus rien des forces qui mettent en marche mon moulin-à-paroles. Ses ailes ou sa roue tournent les mots sur eux-mêmes jusqu'à ce qu'ils prennent leur chemin de liberté. Les embêtements suggérés n'échappent pas à cette disposition d'esprit. A la suite, le poème Paysage décrit le tableau qui se trouve devant soi. Son aspect immuable confère au destin d'exception de chacun l'inestimable valeur d'un présent impossible à donner, sinon tout à la fin du parcours. D'où l'adage Le plus tard est le mieux, le titre du troisième poème qui rappelle que les embûches et menaces de trahison ne cesseront jamais. Qu'importe les cubes tenaces à l'horizon ! Continuons de traverser l'eau vive du fleuve qui purifie.


UN DESTIN D’EXCEPTION

Nous avons tous un destin d’exception

Sentons notre avenir par l’appel des étoiles

Nos histoires ne sont pas qu’amoureuses

Maintenant nous sommes réunis avec nos passions

Nous ne nous envions pas

Et moins encore nous ne nous imitons

Même si nous le voulions

(Il faut bien dire qu’il nous arrive aussi

De ne pas désirer nous arrêter en chemin)

Nous ne saurions plus le faire

Etant peu doués pour ce genre de frissons

Et pour les calculs de probabilités

En ce moment nous avons quelques embêtements

Dérisoires empêchements qui expliquent nos remords

Nous pensons que tout passera

Cela nous fait même peur comme tout s’arrange

Non pas se remet en marche mais trouve un nouvel équilibre

La vie nous donne l’impression d’une crise de larmes

Elle avait cessé et elle reprend soudain

Ce sont des sanglots

Coquillages nous sifflant aux oreilles

Nos histoires sont amies de passage

Venues ici nous dire seulement adieu.



PAYSAGE

Singulier paysage tu ne changes pas

Ton apaisement ne me change pas

Tu changeras quand je ne le saurai pas

Quand loin d’ici j’aurai disparu

Tu sais des arbres qui vivent très longtemps

Mais ils sont peu nombreux à mes yeux

Tu dis qu’il n’y a pas lieu de se répéter

Pourtant toute richesse vient de là

Tu essaies de résister à la répétition

Tout en pensant que ce n’est pas possible

Paysage d’où naît le besoin et l’amour

Ton immobilité refait surface

Chacun y laisse son empreinte

Paysage couplé de hasards

Dernière clope du condamné à vivre.



LE PLUS TARD EST LE MIEUX

Mort de la raison perdue

L’avoir entendu dire

D’un arbre piqué de vers

Jeune lauréat qu’on déteste

Ces détails aux fruits verts

Coupures sous la fontaine

Vilaines gens de passage

Beaux rivages en lavande

Fatigue et bords ronds

Cubes tenaces aux poitrines

Minimisent la trahison

Aux soins de l’eau vive.



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